Esprit Mars Avril 2011 – Avancées et reculs démocratiques

En attendant le projet (politique)

par Lucile Schmid (lire la revue esprit)

L’élection présidentielle de 2012 suscite déjà des inquiétudes, et une forme de déception anticipée. Près de 10 ans après 2002, les prophéties angoissantes se multiplient : risque d’un nouveau 21 avril, ou d’un 21 avril à l’envers (candidat de gauche et Marine le Pen au second tour), retour de l’abstention, quand l’élection de 2007 avait été marquée par une réelle mobilisation, y compris des quartiers défavorisés.

Cette élection apparaît comme une ultime session de rattrapage pour les deux partis qui dominent la vie politique française, l’UMP et le PS. Pour le PS qui n’a plus gagné d’élection présidentielle depuis 1988, les enjeux sont essentiels : tourner la page Mitterrand (même si son candidat appartiendra sans doute à la génération des héritiers), renouer avec l’exercice du pouvoir national, convaincre que gouverner à gauche n’est pas seulement affaire d’accompagnement social et de changement de personnes. Pour l’UMP, il s’agit de conserver le pouvoir et de dessiner une perspective à 5 ans alors même que la cote de popularité de Nicolas Sarkozy est la plus basse qu’ait connu un président de la Ve République et que l’identité politique de ce parti est brouillée.

Quelle place peut occuper le projet politique dans ce contexte ? La Ve République très présidentialisée, l’est encore davantage depuis le vote du quinquennat et l’inversion du calendrier des élections décidée par Lionel Jospin en 2001. L’ « hyperprésidence » de Nicolas Sarkozy a encore accentué la tendance. Les débats programmatiques pour 2012 seront en grande partie orientés par la personnalité des candidats, le choix déterminant se situant à gauche puisqu’on sait déjà que Nicolas Sarkozy se représentera. Certains n’hésitent pas à en tirer la conclusion que le débat d’idées sera le parent pauvre de cette campagne où s’affronteront des personnes dont on connaît le parcours, le tempérament et les orientations[1], et où compteront surtout la mise en scène d’une campagne et la concrétisation dans les urnes de l’antisarkozisme.

Ce scénario d’un combat politique personnalisé à l’extrême, pauvre en idées et en propositions est contestable et dangereux. Depuis 2007/2008, la perception de la crise, diffuse depuis plusieurs décennies, s’est cristallisée autour du sentiment d’une forme d’irresponsabilité des élites, qu’elle soit financière et économique, démocratique ou écologique. Les questions autour de la définition du modèle social et démocratique de demain ont pourtant été posées par les Français à leurs représentants politiques à plusieurs reprises. En 2002 déjà, l’esquive de tout débat programmatique par Jacques Chirac et Lionel Jospin avait nourri l’abstention, en 2005, les débats autour du projet européen avait illustré la quête d’un nouveau modèle de mondialisation, en 2007 enfin, les trois candidats principaux à la présidentielle Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou, avaient eux mêmes appelé à la rupture, qu’il s’agisse des idées, ou de l’organisation du décalage avec leur camp. En ces trois occasions (2002,2005, 2007) le monde politique n’est pourtant pas apparu en mesure de proposer à une société inquiète un projet politique associant la réduction des inégalités et l’ouverture au monde.

Le décor de l’élection présidentielle de 2012 est donc particulier. Rituellement chargé de promesses non tenues à droite comme à gauche, mais aussi, lourd du mirage de la rupture de 2007, du traumatisme de 2002, des angoisses d’une crise insurmontable et des menaces de catastrophe écologique. On voit mal dans ces conditions comment les candidats qui aspirent à la présidence de la République, pourraient faire l’économie d’un débat programmatique concernant le modèle français. On voit mal également comment les propositions sur ce modèle pourraient ne pas comporter une dimension européenne, internationale et écologique forte. Mais on voit tout aussi mal comment le système politique français en son état actuel pourrait produire des réponses adaptées.

Quelle trace  nous reste-t-il des projets politiques des deux dernières décennies ? Quel a été le lien entre le projet et l’exercice du pouvoir ? Ces deux interrogations doivent permettre de mieux comprendre les limites actuelles de cet exercice et d’en tirer des recommandations pour 2012.

Que reste-t-il des projets politiques ?

Trente ans après, « La force tranquille » de François Mitterrand continue à symboliser le fait que la conquête du pouvoir par la gauche allait être irrépressible. Adossé à cette expression, le projet de 1981–les 110 propositions, le programme commun-  reste aussi un emblème. Mais il reste aussi comme un remords, un éternel décalage entre rêve et réalité ; en 1983 le tournant de la rigueur symbolisera le retour aux contraintes de l’exercice du pouvoir et de l’insertion de la France dans l’Europe.

En 1995 Jacques Chirac fait lui campagne sur « la fracture sociale ». Qu’il ait lu ou non Emmanuel Todd, l’intuition juste d’un thème décalé par rapport au programme attendu du RPR a joué, et sans doute permis de gagner. Le duel fratricide avec Edouard Balladur avait-il créé un devoir d’imagination ? En surfant sur les promesses non tenues de la gauche concernant les inégalités sociales et territoriales, Jacques Chirac devient un candidat de la rupture crédible, se dépouillant avec succès des oripeaux d’ex Premier ministre de François Mitterrand. Mais  la fracture sociale se retournera contre son parrain politique. L’absence de réponses politiques une fois au pouvoir, a alimenté les déceptions et les blocages de 1995, expliquant au moins en partie la défaite de la droite, après la dissolution de 1997.

Les socialistes gagneront les élections législatives de 1997 sur le thème du partage du temps de travail par les 35 heures. C’était répondre en partie aux interrogations sur la fracture sociale, en proposant un projet qui était aussi une amorce de solution, le partage du travail créant des emplois. Est-ce le fait qu’il s’agit d’élections législatives et non d’une présidentielle qui explique que le niveau de cette proposition/projet à la fois précise et symbolique ait été jugé pertinent? Ce changement de registre a produit un paradoxe inhibant et significatif: les 35 heures restent un sujet polémique  près de15 ans après leur annonce. On peut y voir l’indice que l’élimination de Lionel Jospin et le traumatisme d’avril 2002 n’ont pas été surmontés. Mais plus spécifiquement il semble, qu’en quittant l’espace des propositions politiques pour celui de leur mise en œuvre, les 35 heures soient devenues une forme de repoussoir. Mal assumée par les socialistes[2], dénoncées avec virulence par la droite, elles symbolisent les déceptions, les malentendus et les risques créés par des promesses politiques inachevées et dont la mise en œuvre n’avait pas été suffisamment réfléchie.

La campagne de 2002 aura quant à elle, été émaillée de déclarations qui renvoyaient en creux à l’absence de débat programmatique entre les deux principaux candidats. On se rappelle des déclarations de Lionel Jospin sur « son projet qui n’était pas socialiste » (certes mais qu’était-il alors ? un projet pour tous les Français ?il ne le dira pas) ou sur « l’Etat qui ne pouvait pas tout faire ». Restait ce slogan qui pouvait tout vouloir dire : « Présider autrement » et la dénonciation d’une cohabitation qui avait pourtant permis à Lionel Jospin d’apparaître comme un bon Premier ministre. A aucun moment, le candidat socialiste ne mettra en valeur le projet de son parti élaboré sous la houlette de Martine Aubry qui portait sur les conditions d’une autre mondialisation. On n’oubliera pas davantage le discours du 14 juillet 2001 de Jacques Chirac insistant avec complaisance sur l’insécurité censée miner la société française et mettant au centre du débat les thèmes de l’extrême droite grâce aux faits divers. Jamais on n’avait vu un Président sortant dénoncer avec autant de force une situation dont il aurait du se sentir responsable. Face à cette droitisation de la campagne, la gauche s’est révélée impuissante, le thème des insécurités sociales apparaissant maintes fois rabâché et ne s’appuyant pas sur des propositions concrètes. Quant aux analyses sémantiques de l’époque, elles avaient pointé les similitudes de vocabulaire entre le projet Chirac et le projet Jospin. Des projets « Canada dry » pour ne pas faire oublier l’essentiel : le combat d’homme à homme. On connait la suite.

En comparaison 2007, apparaît rétrospectivement comme l’élection du projet. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont l’un comme l’autre tiré des leçons de 2002 et  posé les jalons d’une approche différente de la campagne. Ils le disent très tôt: le projet, la bataille des idées seront importants dans cette campagne qui sera aussi un moment de rencontre démocratique. Ségolène Royal en fera une méthode, la démocratie participative, et déclinera le thème de « l’ordre juste ». Fini les insécurités sociales, il faut à la fois dire le quotidien des Français et proposer un retour du volontarisme politique. C’est rompre avec une approche strictement compassionnelle et parfois flirter avec les thèmes de l’adversaire [3]. C’est aussi assumer ouvertement ce que Lionel Jospin avait commencé à dire (mon projet n’est pas socialiste). La même question reste posée : certes mais qu’est-il alors ? Ségoléniste ? In fine si le thème de l’ordre juste gardera sa pertinence tout au long de la campagne, les difficultés de la candidate à le décliner dans un registre qui ne soit pas ouvertement sécuritaire (on se souvient de l’encadrement militaire des jeunes, des femmes policiers qu’il fallait raccompagner chez elles) jouera contre elle. C’est l’absence de propositions concrètes à partir d’un paradigme fort qui finira par affaiblir la crédibilité de ce projet et celle de la candidate. Pour finir dans l’ultime débat avec Nicolas Sarkozy par ne plus proposer que la création de commissions de travail ou de hauts comités.

Nicolas Sarkozy aura lui confié à Emmanuelle Mignon le soin d’écouter des intellectuels, des experts, de recenser comment hors de France la bataille des idées a permis de gagner la bataille politique. La victoire de Nicolas Sarkozy s’explique indéniablement par la cristallisation des attentes qu’il a su opérer autour du fameux « travailler plus pour gagner plus » sous l’ombrelle générale d’un « Ensemble tout est possible ». Personne n’a oublié l’expression, ni la promesse. A mi chemin entre des concepts généraux et l’approche prescriptive des 35 heures, cette expression réussit la synthèse des aspirations patronales et des attentes des salariés sous le coup de la rigueur salariale depuis plus d’une décennie. Il touche les catégories sociales défavorisées et réussit la prouesse de ne pas parler d’emploi. La valeur travail a permis d’esquiver le débat sur la croissance et la perméabilité de l’économie française aux aléas de l’économie internationale.

Quant à François Bayrou, il met en scène une forme de chemin de Damas, inédite dans le contexte de la VE République, convaincante tout au long de la campagne d’autant plus que les deux principaux candidats auront déjà commencé à lasser une partie de l’électorat bien avant le premier tour. Sa conversion à une approche du pouvoir mettant l’accent sur l’équilibre des pouvoirs, l’Etat de droit et l’importance des libertés publiques, reposant sur l’organisation de vrais espaces de débat public s’inspire de l’approche des libéraux anglo-saxons et débusque l’un des points aveugles de la construction républicaine.  Son insistance sur le thème de la dette publique, le choix de parler des générations à venir et de la nécessité de penser plus loin la politique, font entrer des débats et une temporalité différents de ceux des « grands candidats ». Son succès inédit dans la Ve République (plus de 18,5% des voix au premier tour) pointe les limites de la bipolarisation et la place à prendre pour une personnalité ayant des axes de campagne fort et qui n’apparaisse pas comme le candidat d’un parti. François Bayrou a renoué avec la figure de l’homme providentiel.

Le paradoxe est, qu’après une élection comme celle de 2007 où les trois principaux candidats avaient décidé de se présenter devant les Français avec un projet politique relativement abouti, les perspectives de 2012 apparaissent aussi fermées et que la lassitude électorale semble déjà avoir saisi les Français. C’est indéniablement parce que le hiatus entre le projet et l’exercice du pouvoir n’a jamais été aussi fort. Comment les électeurs pourraient-ils alors adhérer à un projet dont ils doutent d’emblée de la réalisation, voire de la « véracité » ?

Projet et exercice du pouvoir

L’un des reproches essentiels des électeurs à l’égard de leurs représentants est celui des promesses non tenues, c’est à dire de l’absence de réalisation du projet politique une fois parvenu au pouvoir.  Plusieurs explications peuvent être avancées à cet égard : cynisme qui fait du projet un simple instrument de conquête du pouvoir, impuissance face aux réalités économiques, incapacité à traduire dans la réalité des concepts et des expressions qui n’ont plus qu’un lien très lointain avec la vie des citoyens. Le projet qui devrait être un élément essentiel pour donner un contenu et du sens devient in fine une sorte de « marqueur » du vide et de l’épuisement actuel  de la vie démocratique.

Une illustration intéressante peut en être donnée à gauche à travers les 35 heures,  ou à droite avec la promesse du « travailler plus pour gagner plus ». Après la victoire de la gauche en 1997, le gouvernement de Lionel Jospin met en œuvre les 35 heures dans le secteur privé à travers deux lois (1998,2000). Le choix de la loi jugé plus symbolique ne permettra pas vraiment de mobiliser les acteurs sociaux ou d’anticiper sur les différences d’organisation entre branches. La réforme est faite à froid alors que la réduction du temps de travail ne faisait pas spontanément partie des priorités des organisations syndicales, traditionnellement mobilisées sur le front des augmentations de salaire. La CFDT organisation syndicale qui aurait pu porter cet enjeu n’était pas favorable à une mise en œuvre par la loi. Quant à l’application des 35 heures dans le secteur public elle sera repoussée jusqu’en 2001 ; insuffisamment adossée à des créations d’emploi, appliquée cette fois à chaud sans que les délais de formation des personnels aient été anticipés, elle créera des difficultés d’organisation importantes. Le débat public qui porte sur la remise en cause du principe des 35 heures elles-mêmes[4] , se trompe donc de cible. C’est bien leur mise en œuvre qui a entraîné des complications importantes faute d’avoir anticipé et préparé l’application d’une mesure uniforme dans une société de la complexité. De plus la focalisation sur les conditions d’application tout au long du mandat législatif a joué pour mettre au second plan la question salariale.

A droite, la promesse de Nicolas Sarkozy du « travailler plus pour gagner plus » traduite par l’exonération des charges sur les heures supplémentaires, s’est aussi heurtée au mur du réel. En proposant aux salariés du privé de travailler davantage pour augmenter leur salaire elle faisait l’impasse sur la rareté de l’emploi et l’existence d’un chômage structurel important. Avec l’arrivée de la crise, la France compte aujourd’hui 4 millions de chômeurs, alors que la durée hebdomadaire de travail des salariés du privé se situe autour de 38 heures. La montée des préoccupations des salariés sur la dégradation des conditions de travail, le harcèlement, la précarité illustre les effets pervers de la mesure. Paradoxalement le partage du temps de travail retrouve à travers cet échec une nouvelle légitimité, non seulement parce qu’il permet la création d’emplois mais parce qu’il symbolise la possibilité pour chacun de trouver un certain équilibre de vie. Cette fois, le péché originel de cette promesse électorale était d’avoir choisi de ne pas articuler la question du travail avec celle de la création d’emplois. Comme Jacques Chirac avait su surfer sur les déceptions créées par deux septennats mitterrandiens, Nicolas Sarkozy avait eu le talent de récupérer les frustrations nées de la rigueur salariale. Mais en choisissant de ne pas intégrer l’un des termes du raisonnement économique (la création d’emplois), il ne pouvait qu’échouer.

L’élaboration d’un projet politique finit par s’apparenter à la quadrature du cercle. Pour être crédible il ne peut rester au niveau de concepts englobants et abstraits.

Mais lorsque, comme dans les deux exemples donnés le projet politique va plus loin et propose de vraies transformations économiques et sociales, le risque que la réalité ne démente les affirmations électorales est très présent. Les électeurs le perçoivent bien et aujourd’hui avant même leur élaboration les projets politiques apparaissent frappés d’une forme d’irréalité…alors même que les attentes autour d’un contenu politique n’ont jamais été aussi fortes.

Il ne peut davantage se contenter de jouer sur les frustrations nées de l’exercice du pouvoir du camp adverse. L’alternance a en effet placé la gauche et la droite dans une situation d’égalité de traitement par les électeurs. Une égalité de traitement par rapport aux liens entre projet et exercice du pouvoir qui aujourd’hui alimente plutôt l’abstention.

Cela signifie que le travail autour des projets politiques doit s’organiser selon d’autres méthodes, notamment en anticipant sur les contraintes de l’exercice du pouvoir.

Prospective du projet

Quelques principes simples permettraient de donner aux projets politiques à venir plus de force et de crédibilité.

Trouver le bon registre et faire un projet global

L’inventaire des souvenirs des projets politiques des 20 dernières années montre que le bon registre pour marquer les esprits a rarement été trouvé. Certaines expressions – fracture sociale- ont permis de cristalliser un malaise mais pas permis de décliner un projet, d’autres  -« Présider autrement »- sont restées abstraites. Lorsque le projet s’est décliné dans des propositions plus opérationnelles, il a été rattrapé par le réel et a joué comme un élément renforçant le sentiment d’impuissance des politiques.

On entend parfois dire que le projet devrait d’abord répondre aux préoccupations quotidiennes des Français. Sa fonction première devrait plutôt être de porter une vision collective de l’avenir. Mais incontestablement un projet réussi devrait traiter des sujets qui sont aujourd’hui une limite essentielle à la cohésion de la société française : éducation, emploi et salaires, logement, lien entre générations mais aussi europe et régulation mondiale.

C’est dans les liens entre ces sujets, et la réponse à des questions transversales et non pas la focalisation sur un sujet que repose la clé de voûte de la structuration du projet.

Introduire une continuité entre bilan et projet

A nouvelle campagne, nouveau projet..comme si l’amnésie et le rejet était les principaux moteurs de la vie électorale.

Cette conception doit être abandonnée au profit d’une approche qui fasse le lien entre les promesses précédentes, le bilan de l’exercice du pouvoir et de nouvelles propositions qui illustrent la continuité d’un projet correspondant à une identité politique et programmatique.

Oser une vision de long terme

La succession des crises, les déceptions démocratiques, le sentiment que le monde est incertain..de très nombreux éléments plaident pour que les projets politiques cessent de s’inscrire dans le simple horizon de la campagne ou même du quinquennat. C’est ce qu’avait bien senti François Bayrou en 2007. C’est ce que souhaite incarner l’écologie politique aujourd’hui, c’est aussi ce que ressent la société.

Se situer dans une perspective plus longue c’est se donner les moyens d’élaborer un vrai projet et introduire une dimension plus désintéressée dans la relation aux électeurs, prendre le contrepied du clientélisme et leur redonner confiance dans une vision politique.

Mener un inventaire des réussites et des échecs des principales politiques économiques et sociales

L’administration française est grande productrice de rapports d’inspection et d’évaluation d’excellente qualité sur l’ensemble des sujets stratégiques d’un projet politique (éducation, emploi, questions sociales, sécurité et justice). Mais les liens avec l’élaboration des propositions politiques restent ténus voire inexistants particulièrement lorsqu’il s’agit de concevoir un projet politique en temps de campagne. Car, le vieux slogan « on ne gagne pas une campagne sur un bilan mais sur un projet » continue de segmenter les temps politiques.

On gagnera sans doute à l’avenir une campagne sur un projet qui aura su explorer en profondeur les points forts et les points faibles d’un bilan, et les contraintes de la réalité aussi bien que les rêves et les aspirations sociales.

Explorer en amont les conditions de mise en œuvre des principales propositions et définir de véritables programmes d’application

Les deux illustrations des 35 heures et du « travailler plus pour gagner plus » ont montré qu’une réflexion en amont sur la mise en œuvre aurait au moins permis de mieux expliquer, voire d’éviter certains échecs. Dans le cas des 35 heures, donner plus d’importance à la négociation aurait incontestablement été bénéfique comme le fait d’appliquer cette réforme plus progressivement dans le secteur public.

Pour le « travailler plus pour gagner plus » la question des liens avec la création d’emplois était essentielle.

Chiffrer les propositions et expliquer les conditions de leur financement à un horizon de 5 à 10 ans

La question des déficits publics est devenu un leitmotiv du discours politique. Elle renforce dans l’opinion publique le scepticisme concernant la possibilité de réaliser un projet politique de plus en plus assimilé à un « demain on rase gratis ».

Il est donc important de pouvoir afficher le coût d’une proposition ou d’une réforme et les modalités de son financement. Cette méthode serait d’ailleurs utile pour mieux faire comprendre à chacun la fonction de l’impôt et de la dépense publique.

Organiser la campagne électorale pour permettre une véritable confrontation des idées

Aujourd’hui les campagnes électorales ne permettent pas de véritables débats contradictoires sur le contenu avant la toute dernière ligne droite de la désignation présidentielle.

L’organisation de primaires par le parti socialiste ou Europe écologie-Les Verts permettra peut –être une confrontation des projets des principaux candidats à la candidature dans ces familles politiques. Mais le débat essentiel entre les candidats de familles opposés sera sans doute repoussé très tard.

Une confrontation des idées organisée officiellement tout au long de la campagne permettrait de donner au projet la place qui lui revient. Elle serait une garantie que les candidats travaillent sur le caractère opérationnel de leur projet.

 

Lucile Schmid


[1] Dominique Strauss Kahn, Ségolène Royal, François Hollande, Martine Aubry, Manuel Valls, Arnaud Montebourg sont potentiellement candidats aux primaires socialistes.

[2] Cf les déclarations de Manuel Valls en janvier 2011

[3] cf les déclarations sur l’assouplissement de la carte scolaire

[4] les 35 heures ont créé 350 000 emplois et le nombre d’emplois créé pendant la période 1997-2002 est de 1,8 millions compte tenu de la croissance.

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