Les révolutions arabes nous invitent à un retour sur nous mêmes

Depuis plusieurs semaines nous vivons à l’heure des révolutions arabes : Tunisie, Egypte, Libye. On nous parle théorie des dominos, chute du mur de Berlin et révolution de 1848 pour évoquer des précédents et essayer de trouver des explications. Certains comme Nicolas Sarkozy et son entourage en profitent sans vergogne pour susciter les peurs et réveiller en chacun un sentiment de différence par rapport à des pays que le Président de la République présente comme dangereux  par nature (terrorisme et risque migratoire).

En 1996 j’avais écrit un livre « la seconde guerre d’Algérie, le quiproquo franco-algérien ». Après plusieurs années passés en Algérie je revenais dans cet ouvrage sur les relations très proches entre pouvoir français et algérien et je montrais notamment comment les généraux algériens savaient instrumentaliser nos peurs françaises : peur de l’Islam, peur des algériens qui avaient lutté pour leur indépendance, peur aussi de nos propres comportements pendant la guerre d’Algérie avec les exécutions sommaires, la torture et le drame des harkis jamais assumé par la France. Il me semblait essentiel d’écrire et de témoigner sur le fait que mon pays, la France valait mieux que des options politiques éculées qui recouvraient des intérêts économiques et financiers communs des deux côtés de la Méditerranée. Ce livre a symbolisé un tournant dans ma vie ; c’est après l’avoir écrit que j’ai eu envie de m’intéresser de plus près au fonctionnement de l’Etat en France, puis de me présenter en politique et d’y porter un projet où la démocratie ne soit plus seulement un mot mais des actes. C’est l’expérience algérienne qui m’a aidée à comprendre combien les principes français, particulièrement l’égalité devraient être portés par des politiques différentes pour s’inscrire dans la réalité. En ayant vécu en Algérie j’ai compris les discriminations à l ‘œuvre dans la société française, les inégalités territoriales et mesuré le conservatisme du monde politique français.

Aujourd’hui Nicolas Sarkozy continue à penser qu’il peut utiliser ces vieilles peurs, cette peur de nous mêmes et de l’autre. Insidieusement il laisse aussi penser que la démocratie n’est pas pour tout le monde. Voire pour personne si on en croit l’état des libertés en France.

Ce qui se passe dans les pays arabes n’a pas de précédent, d’équivalent historique. Pour comprendre et expliquer il faudrait accepter de revenir plus profondément sur l’histoire des pays concernés, ne pas oublier combien dans les années 1970 ils ont été à la pointe du combat du Tiers monde pour ensuite se refermer dans des dictatures où la consommation et le règne de l’argent ont été utilisés en même temps que des mesures sécuritaires pour supprimer tout débat public. Il nous faut aussi nous repencher sur le rôle des exilés, des diasporas, de tous ceux qui sont partis parce qu’ils ne supportaient plus la chape de plomb de ces dictatures. Comment les liens entre ces diasporas et leur société d’origine vont-ils se réorganiser ? Car ces diasporas ont toujours préservé leur double appartenance : arabe et européenne, arabe et française dans de nombreux cas.

Ce que ne comprend pas Nicolas Sarkozy c’est qu’aujourd’hui être tunisien, égyptien,  arabe en France c’est ressentir une grande fierté. Tirons les leçons de ce printemps arabe, sachons dire non à tout ce qui affaiblit notre démocratie au quotidien : les circulaires incitant à la délation des sans papiers à pôle emploi,  les reconduites à la frontière abusives, et de manière générale toutes ces lâchetés qu’on nous présente comme inévitables car il faut éviter que les idées du Front national ne progressent. Je n’ai pas peur du Front national, la France vaut mieux que ceux qui la gouvernent aujourd’hui au rythme des petites peurs, de leurs mesquineries et de leur corporatisme d’argent.

image: La seconde Guerre d’Algérie, Lucile Provost (Schmid), 1996, Flammarion

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1 Response to “Les révolutions arabes nous invitent à un retour sur nous mêmes”


  1. 1 FLECK 2 mars 2011 à 10:48

    En appuyant sur les choix électoraux à l’échelon cantonal, Europe-Ecologie vise juste.C’est effectivement à ce niveau, avec des élus proches des communes et des citoyens, que l’information de ces derniers a le plus de chance de circuler et d’impacter en profondeur les comportements individuels : banalisation du tri sélectif, apprentissage de l’utilisation rationnelle des énergies courantes (eau, électricité, gaz, carburant) et des produits d’entretien,etc.
    A cet échelon, la logistique locale ne peut que gagner en efficacité : choix judicieux de l’emplacement des containers , implantation d’espaces verts, campagnes de sensibilisation des scolaires.
    Toutes opérations qui ne sauraient être gérables à un autre niveau de responsabilité que le canton, si l’on veut véritablement agir avec discernement en ne négligeant aucun détail.


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