Gestion Publique de l’eau, moins couteux plus solidaire, par Anne Le Strat

Anne Le StratAnne LE STRAT est Adjointe au Maire de Paris, Adjointe chargée de l’eau, de l’assainissement et de la gestion des canaux.
Anne a mené pour la Mairie de Paris la re-municipalisation des eaux de Paris.
« L’eau, enjeu de Paris Métropole », à lire ici

Pendant longtemps le débat sur le mode de gestion des services d’eau a été confisqué par les grandes entreprises de l’eau. Il est aujourd’hui possible de faire entendre une autre voix, celle de la gestion publique de l’eau avec des expériences de retour en régie couronnées de succès, que ce soit dans de grandes ou de petites villes.

Depuis le 1er janvier 2010, l’eau coule toujours au robinet des Parisiens mais dorénavant elle est gérée intégralement sous maîtrise publique. En lieu et place des trois délégataires opérant pendant vingt-cinq ans –  la Société d’Economie Mixte pour la production et les filiales de Veolia et Suez pour la distribution – le service de l’eau à Paris est assuré par un opérateur public unique, la régie Eau de Paris, qui rassemble la totalité des métiers et des fonctions opérationnelles, de la production à la facturation. La remunicipalisation de l’eau a été décidée sur la base d’un choix politique et idéologique fort – assumé comme tel : l’eau est un bien commun, d’où la nécessité absolue de maîtriser la ressource et son exploitation, sur la base d’une vision et d’un projet de long terme. Cette réforme importante qui a mis fin à un système opaque et mal contrôlé a été mise en œuvre en un temps record et avec succès. Si la régie n’a qu’un an à son actif, on peut toutefois d’ores et déjà observer les premiers avantages de la gestion publique.

Il faut d’abord souligner les gains économiques très substantiels, lesquels seront totalement réinvestis dans le service de l’eau et non utilisés, comme c’était le cas auparavant, à augmenter le profit des délégataires privés. Mais les avantages de la création de la régie publique parisienne ne se limitent pas aux seuls aspects économiques. La collectivité municipale reprend ses pleines prérogatives de puissance publique, responsable devant ses concitoyens du premier des services publics locaux, essentiel au quotidien de ses usagers. Afin d’évaluer la qualité du service rendu par l’opérateur municipal, un contrat-cadre avec de très nombreux indicateurs techniques, environnementaux, financiers, sociaux et patrimoniaux a été signé entre Eau de Paris et la municipalité. Un dispositif de contrôle citoyen a également été mis en place avec l’Observatoire municipal de l’eau. Lieu de débat, de propositions et d’initiative sur les enjeux de l’eau au niveau municipal, il rassemble tous les acteurs concernés par le sujet. De plus des représentants d’associations d’usagers et de l’environnement siègent au sein des instances dirigeantes de la régie. Par là il s’agit de replacer l’usager au cœur du service et de poser les bases d’une démocratie de l’eau.

Cette réappropriation par la sphère publique de ce service essentiel devrait aussi nous inciter à réfléchir à la place de l’eau dans la ville. De l’aménagement urbain au paysage, l’eau doit être l’un des éléments clés de la ville de demain, en contribuant à l’amélioration du cadre de vie de ses habitants. Des clarifications devront ainsi être apportées face à des injonctions contradictoires et des conflits d’usage : réglementation sanitaire versus réglementation environnementale, souci de la préservation des milieux confrontés aux pratiques agricoles, eau potable versus eau brute… De ce point de vue, l’agglomération parisienne fournit un territoire d’expérimentation privilégié, autour de son fleuve, de ses rivières, de ses canaux, de ses milieux naturels et de ses très nombreux acteurs de l’eau institutionnels et associatifs. Cela implique de travailler à une meilleure coopération métropolitaine, au bénéfice d’une politique de l’eau repensée et d’une gouvernance ouverte et porteuse de l’intérêt général. S’il est un service public local qui doit pouvoir en faire la preuve, c’est bien celui de l’eau.

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2 Responses to “Gestion Publique de l’eau, moins couteux plus solidaire, par Anne Le Strat”


  1. 1 Lulu 18 février 2011 à 4:52

    Quel rapport avec la « sphère publique » qu’est le département et plus précisément avec le CG92 !? Vous parlez sur ce site de tout sauf de votre projet pour le canton Est, pour Issy et pour les Hauts-de-Seine.
    Quelle ambition pour notre territoire, quel projet pour les missions du conseil général ? Claquer des portes et surfer sur la vague écolo ne suffit pas… Ceci dit, venir saluer les isséens en voisine vanvéenne est très gentil, on sera heureux d’avoir de vos nouvelles, cela fait si longtemps…


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