Emploi, retour à l’âge de pierre

Petite fable sur l’époque. Il était une fois une jeune femme de 35 ans qui venait d’avoir son deuxième enfant. Après avoir rallongé son congé de maternité de quelques mois sabbatiques supplémentaires, elle répondit à quelques offres d’emploi. Elle était qualifiée, avec une double nationalité et une expérience reconnue, et voulait travailler sur les questions européennes. Elle pensait qu’afficher clairement ce qu’elle souhaitait serait un plus pour la discussion d’embauche. Mais la crispation vint très vite. Elle parlait responsabilités, on lui répondit disponibilité (week-end pour faire du « team building », construire l’esprit d’équipe, soir après 20 heures pour prouver son attachement à l’entreprise), elle parlait expérience on lui répondit que ses exigences salariales étaient démesurées (3500 euros, 8 années de formation, 5 années d’expérience), elle parlait efficacité, on lui répondit qu’elle était déjà au milieu de sa vie, presque vieille.

J’ai déjeuné avec cette jeune femme tout à l’heure. Je l’avais embauchée il y a quelques années. Je m’en rappelle bien. Sa culture, son indépendance, son calme et sa capacité à faire valoir ses qualités m’avaient frappée. Tout ce qui était aujourd’hui retenu contre elle et alimentait des comportements discriminatoires. On le sait l’emploi va mal, le chômage grimpe. Mais ce n’est plus seulement une question quantitative. Où sont les valeurs que nous portons ? Où est la dignité, l’émancipation ? Jusqu’où ira-t-on dans la négation à la fois des réalités de la vie et dans celle que le travail doit avoir un sens ? Jusqu’où ira-t-on pour organiser une dépendance psychologique et matérielle des salariés ? Ce qui se joue au quotidien pour des milliers de personnes c’est à la fois une question de dignité personnelle et une vision sociale. Et pour les femmes ces questions prennent une importance particulière. Demain faudra-t-il courber la tête lorsqu’un « responsable des ressources humaines » dira « Madame rentrez chez vous vous occuper de vos enfants. Vous avez déjà 35 ans. Il est temps de vous retirer des affaires publiques ».

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2 Responses to “Emploi, retour à l’âge de pierre”


  1. 1 c 26 novembre 2009 à 12:13

    Bravo pour ce texte. D’autant plus qu’il concerne à mon avis beaucoup de femmes.
    Ma sœur, par exemple. 38 ans, Docteur en biochimie, des publications, 5 post-doctorats dans des labos publics puis à l’INRA, suivis d’1 contrat de 2 ans à l’INRA; contrat non renouvelé pour cause de manque de disponibilité (soir et weekend: comment élever seule deux enfants) et d’age avancé (un pari risqué pour l’avenir…). Bien sûr ce qui a changé en deux ans, c’est la personne en charge de recrutement…


  1. 1 Pour prolonger mon article ‘Emploi, retour à l’age de pierre’ « Le Blog de Lucile Schmid Rétrolien sur 26 novembre 2009 à 3:51

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