Je préfère être « has been de gauche » !

logo-ps-newDans l’actualité, l’entrée de personnalités de gauche dans des commissions officielles ou autres lieux de réflexion –Olivier Ferrand, Bettina Laville au sein de la commission Juppé-Rocard- est devenue une information presque banale. Quand ils ne président pas ces commissions –Rocard justement-, ou n’acceptent pas, comme dans le cas de Jack Lang, une mission sur la Corée du Nord après celle sur Cuba. Ce ne sont plus seulement les ministres, mais tout un second cercle du pouvoir présenté comme celui qui l’alimente en idées qui est aujourd’hui marqué par la stratégie dite d’ouverture. Jack Lang par ailleurs seul député de gauche à avoir approuvé la réforme constitutionnelle mais dont on murmure aussi qu’il aurait refusé trois fois d’être ministre. De gauche mais libre au nom et grâce à sa popularité. Comme dans un autre registre Bernard Kouchner.

Ce mouvement n’est pas un phénomène anodin ou facile à interpréter. S’agit-il de débauchage ou de carriérisme, est-ce à l’inverse le symptôme d’une vraie difficulté du parti socialiste à porter l’espoir d’une alternance politique, donc d’une alternance des idées mais aussi des personnes ? Est-ce une modernisation de notre vie publique ?

Qu’en penser ? Animant le laboratoire des idées du parti socialiste, connaissant certaines des personnes citées, travaillant avec d’autres,  en considérant encore d’autres comme des références intellectuelles ou d’ouverture vers la société, cette situation ne m’apparait pas anodine; Elle appelle des réactions, une philosophie de pensée et de comportement.

On peut reconnaître à Nicolas Sarkozy la capacité à avoir su créer ce tourbillon des personnes et des idées qui fait écho à l’occupation du champ médiatique. On peut aussi comprendre l’envie de débattre, de travailler à porter des idées neuves et à faire bouger certaines lignes en prenant en compte tout ce qui change et va changer dans notre monde : les relations Nord/Sud, l’élaboration d’un nouveau modèle de développement, les liens entre générations. Les commentaires épousent donc en général la même tendance. Il y a d’abord l’évocation de l’union nationale, de la qualité des sujets traités et de la nécessité d’y associer de belles intelligences. Il y a dans cette même ligne, la crise du parti socialiste incapable d’offrir à ces personnalités de vraies perspectives. Il apparaît au fond normal que se disant de gauche, on participe à ces initiatives, particulièrement si on est doué, talentueux, brillant, ou si c’est la dernière ligne droite avant la retraite des braves. Ne pas le faire, ne pas même être contacté par la droite, ne pas accepter d’assumer des responsabilités n’est-ce pas au fond suspect ? N’est-ce pas le signe que quelque chose cloche ? Tous ceux qui n’en sont pas et critiquent ne sont-ils pas jaloux ?

Cette interprétation a le mérite de satisfaire tout un petit monde : ceux qui vont dans ces lieux, ceux qui les y appellent, tous ceux aussi qui pensent que gauche et droite c’est la même chose, « qu’ils se tiennent tous ». Elle doit évidemment être au moins complétée. Car à côté de l’union nationale, on évoque aussi Nicolas Sarkozy prestidigitateur et ses prises de guerre, capable de brouiller les frontières symboliques de la gauche et de la droite par ces ralliements qui sont loin de se situer dans un univers désintéressé et purement intellectuel. Pour Nicolas Sarkozy cela participe de la destruction de l’adversaire politique et il est évidemment étonnant que cet élément ne semble guère faire hésiter les nouveaux recrutés. Peut-être est-ce que la valse des noms de cette gauche d’ouverture est devenue le moyen le plus infaillible de faire parler de soi ? Chez les socialistes, deux défaites aux présidentielles ont sans doute fait douter certains  de la possibilité de pouvoir associer une position sociale à leurs convictions. Le monde va si vite, les hommes et les idées passent et marquer son époque implique de prendre le train en marche. L’infidélité est dans l’air du temps. Alors autant avoir deux fers au feu. Se dire de gauche et travailler avec Nicolas Sarkozy tout en mettant en scène l’indépendance de personnalités qualifiées. Et d’autant que la visibilité de quelques-uns, omniprésents dans le PAF, renvoie à l’anonymat un très grand nombre de personnes, par ailleurs qualifiées. Où sont les espaces de débat libre ? Avec l’hyperprésidence, la seule assurance pour se faire voir et entendre finit par être celle de l’accrochage d’un wagon supplémentaire au train des dépouilles de Nicolas Sarkozy.  Il est celui par lequel on existe quelle que soit son appartenance politique. Cela ne suppose-t-il pas quelques alliances et autres accords entre amis ? N’est-ce pas effrayant ?

Mais comment est-ce possible d’ignorer que Nicolas Sarkozy mène une politique dont les options idéologiques affichées (bouclier fiscal, politique d’immigration inhumaine à l’égard des familles et en contradiction avec les principes internationaux du droit, réduction drastique des moyens de l’éducation nationale, disparition de l’Etat impartial..) sont extrêmement réactionnaires ? Peut-on choisir de découper son engagement à gauche en morceaux, une moitié de soi pour discuter de façon œcuménique avec la droite sur l’emprunt national, les sujets nobles et qui comptent, ceux qui gardent une bonne dose d’abstraction, une autre moitié pour condamner sa politique d’immigration ? On pourra toujours se donner bonne conscience en intervenant à titre personnel pour faire régulariser quelques sans papiers et fermer les yeux sur les mensonges d’Eric Besson concernant les charters en Afghanistan.

Cette fausse myopie, cette hypocrisie sont insupportables. La vérité est ailleurs. Elle est dans l’incertitude qui entoure aujourd’hui les chances de la gauche de l’emporter en 2012. C’est particulièrement vrai pour tous ceux qui sont proches ou l’ont été des socialistes. Pour assumer d’être « tout simplement socialiste » il faut aujourd’hui prendre le risque de ne pas être du bon côté et peut-être durablement, d’être dans cette ombre qui peut conduire à l’échec ou la victoire. Peut-être même faut-il se dire que l’engagement politique à gauche doit durablement se situer dans un univers non marchand, pour reprendre un terme économique, sans renvoi d’ascenseur, sans souci d’être payé en retour. Pour donner aux idées de gauche une nouvelle vie prenons le risque de dire non aux puissants.

Mais surtout prenons le risque de dire des idées, de débattre, d’être nous-mêmes, sans craindre le ridicule ou de ne plus avoir de place. Les tâtonnements, les maladresses, les emportements et les saines colères, tout vaut mieux que le silence et la gêne face à une situation de plus en plus mortifère pour les socialistes et destructrice pour les valeurs qu’ils portent.

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