3 sept 2009 – témoignage chrétien – Entretien avec Alexis Kouteynikoff

Lucile Schmid est conseillère régionale socialiste d’Ile de France et vice-présidente du Laboratoire des idées, un groupe de travail sur la rénovation du projet socialiste. Entretien.

PS :“Il faut concilier solidarité et émancipation individuelle”

par Alexis Kouteynikoff

Quel est le rôle de ce Laboratoire des idées auquel vous appartenez?
Le Laboratoire des idées s’inscrit dans une réflexion sur la doctrine socialiste à moyen terme. Il s’agit d’abord de clarifier les enjeux, d’identifier la nature exacte de la crise économique et écologique que nous vivons. Et ensuite, de définir le nouveau modèle de société que nous voulons, de produire du contenu idéologique qui irriguera notre projet. J’insiste sur le terme « idéologie », parce qu’il ne faut pas en avoir peur, nous en manquons. Les militants nous le rappellent d’ailleurs souvent.

De quelle manière procédez-vous ?
Il s’agit, en tant que politiques, de faire le lien entre les intellectuels, desquels nous nous sommes rapprochés ces derniers temps, et ce que j’appelle les « experts du quotidien » : des gens de tous horizons, qui ont des choses à dire, des expérimentations à raconter, des innovations à partager, qu’ils soient employés, travailleurs sociaux ou artistes. Nous essayons d’avoir une réflexion globale, de lier les principes aux réalités sociales.? Lorsque nous identifions une thématique qui nous semble particulièrement pertinente, nous créons un groupe de travail dessus. Parallèlement, nous incitons les sections à créer des groupes locaux plus spécifiques.

Quels sont ces groupes de travail pour le moment ?
Pour les grandes thématiques, il y a notamment le groupe sur « l’après-crise », auquel participent entre autres la sociologue Dominique Meda (1) et le philosophe Patrick Savidan, spécialiste des inégalités. Nous avons également un groupe sur la « civilisation numérique », chargé de réfléchir aux implications des nouvelles technologies dans notre vie quotidienne et dans le fonctionnement démocratique, un autre sur « l’action publique », qui prépare la riposte à la Réforme générale des politiques publiques (RGPP), ce processus de privatisations mis en œuvre par la droite au nom de l’impuissance publique, ou bien encore un groupe sur « la ville globale », où nous essayons de penser à la fois l’attractivité économique du territoire et la métropole en tant que créatrice de lien social. On ne s’interdit rien.

Les différents ateliers de l’université d’été ont mis en avant le diagnostic de la « fragmentation », que le Parti socialiste ébauche timidement depuis plusieurs années. Quelle en est votre définition, et les réponses que vous y apportez ?
Cela repose sur le constat que les inégalités ne cessent de se creuser, et que parallèlement, les situations individuelles deviennent de plus en plus différenciées. On évolue vers le modèle anglo-saxon, où les inégalités sont structurantes de la société. Et la droite en joue, en segmentant son discours comme autant de produits, pour dire après, qu’au fond, nous ne sommes pas solidaires les uns des autres. De notre côté, nous insistons sur les différences de classes sociales, les fractures entre générations, la précarité et le sentiment de précarité. Mais la solidarité ne suffit pas, il faut travailler aussi à une meilleure émancipation individuelle, aider chacun à se prendre en main. Sur ces questions, nous en sommes au stade de l’expérimentation à petite échelle, et nous travaillons aux généralisations possibles.

Vous avez contribué à la préparation de la feuille de route dévoilée à La Rochelle par Martine Aubry, qui valide le recours à des primaires ouvertes. Comment éviter la « pipolisation » des débats et le poids de la démocratie d’opinion ?
On ne pourra empêcher personne d’aller se faire photographier où il veut, si c’est de cela dont vous parlez. Cela dit, je pense que les primaires ont ce gros avantage de « créer du désir », une sorte d’amplification du phénomène d’adhésions à 20 € qui avait été mis en place pour la campagne de Ségolène Royal. J’entends autour de moi un certain nombre de gens qui ne sont pas socialistes, mais qui sont intéressés pour aller voter. Et puis, les primaires ne se tiendront qu’en 2011, d’ici là nous pouvons présenter un réel projet de société et sa traduction en programme, et ce sera à nous, socialistes, de faire passer le contenu, qui aura été produit collectivement, avant de faire passer la personne qui le portera. Je pense que c’est là que nous verrons la différence entre la droite et la gauche : entre la logique présidentielle et la logique démocratique.

(1) auteur entre autres de Au delà du PIB. Pour une autre mesure de la richesse et de Faut-il brûler le modèle social français ? NDLR.

Vers un nouveau parti socialiste ?

À La Rochelle, le PS s’est doté du calendrier de rénovation que ses militants réclamaient de longue date. Des « solutions d’urgence » face à la crise ont également été proposées.

La refonte des statuts du parti devrait avoir lieu à l’été 2010. D’ici là, les adhérents seront invités à se prononcer sur les modalités précises des différentes mesures, par l’intermédiaire d’un questionnaire qui leur sera soumis le 1er octobre.
Non-cumul et renouvellement.
Présentée comme « la condition du renouvellement des générations et de l’ouverture à la société », la fin du cumul des mandats a fait l’effet d’un coup de massue à un certain nombre d’élus. Le PS entend ainsi donner l’exemple, en l’absence d’une législation nationale. Reste à décider sur quels mandats la disposition portera réellement, et si la limitation doit également s’appliquer sur le nombre de mandats successifs. Des cadres du parti craignent que certains postes ne soient pas pourvus, faute d’une rémunération suffisante : ceux de conseiller général et régional ou de vice-président d’agglomération, par exemple. Associée à la volonté d’imposer une stricte parité et un respect de la diversité, aussi bien sociale qu’ethnique, pour tous les mandats électifs, la mesure devrait quoi qu’il en soit favoriser l’émergence de nouvelles têtes. Ce qui ne va pas sans risque en période électorale. À huit mois des élections régionales, Martine Aubry a estimé qu’il était trop tard, et que le changement ne devrait intervenir qu’après les élections. Ségolène Royal a, pour sa part, souhaité que cette décision soit laissée aux militants, mais il est peu probable qu’elle obtienne gain de cause.
Primaires et alliances.
La pression exercée par la « nouvelle garde » des quadragénaires du parti s’est avérée payante : le principe de « primaires ouvertes » au-delà des seuls militants socialistes a été validé. Reste la question des alliances qui risque d’être la principale source de discorde dans les mois à venir. La patronne des socialistes a beau avoir assuré vouloir traiter avec ses alliés potentiels dans le « respect mutuel », l’adoption des primaires est en soi un passage en force qui rebute les partenaires du PS. Le Parti de Gauche en a d’ores et déjà exclu le principe, et d’autres craignent d’avoir à subir des primaires acquises à un candidat socialiste. Même dilemme du côté du MoDem, où on laisse planer le doute quant à un rapprochement. Martine Aubry s’est dite prête à discuter, avec toutefois deux objections de taille : que François Bayrou présente un projet de gauche et qu’il cesse les alliances « à la carte » pour soutenir exclusivement la gauche aux régionales de 2010… Une « formulation maladroite, qui appelle un non » selon Najat Vallaud-Belkacem, proche de Ségolène Royal et favorable à une alliance Verts-PS-MoDem.
Solutions d’urgence.
En marge des ateliers de l’université d’été, qui ont certes vu émerger des idées nouvelles mais sans dégager d’orientation claire, Martine Aubry a égrené un certain nombre de solutions pour amortir la crise sociale et environnementale : remboursement de 200 euros de TVA pour les ménages non imposables, maintien des allocations familiales pour les enfants à charge après vingt ans, présence de l’État aux conseils d’administration de banques subventionnées, entrée des salariés dans les directions des entreprises privées, mise sous tutelle par la justice des entreprises bénéficiaires qui licencient ou encore limitation des bonus des traders… De facture très classique, ces mesures pourraient néanmoins faire consensus. Au moins au sein du parti.

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1 Response to “3 sept 2009 – témoignage chrétien – Entretien avec Alexis Kouteynikoff”


  1. 1 Nina_Tool 21 septembre 2009 à 5:40

    Lire le blog en entier, pretty good


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