31 aout 2009 – Mediapart – Pour rompre avec l’ère Hollande, Aubry fait du Jospin

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Article publié le lun, 31/08/2009 – 01:36, par Stéphane Alliès – Mediapart.fr

La presse est unanime: Martine Aubry a repris la main, ce week-end, lors des universités d’été de La Rochelle. En deux discours, l’un vendredi sur la rénovation militante du PS, l’autre ce dimanche adressant une série de propositions essentiellement sociales à Nicolas Sarkozy, la première secrétaire est de retour, et a définitivement tourné la page du congrès de Reims. Si neuf mois ont été perdus, un message transparaît dans l’attitude d’Aubry et de son entourage à la direction du parti: l’ère François Hollande est bel et bien terminée.

En s’attelant enfin à la «rénovation» et, surtout, en donnant enfin un contenu à un terme totémique mais galvaudé du socialisme français, Martine Aubry rompt avec l’immobilisme gestionnaire de son prédécesseur. Elle a mis en avant des questions symboliques sur lesquelles il s’était lui-même engagé à son arrivée à Solférino en 1997, avant de sombrer dans l’accommodement avec les barons locaux et de transformer le parti en une machine à victoires territoriales, mais à déroutes nationales.

Cumul des mandats, primaires pensées à l’avance, volonté de discipliner le parti (via une charte éthique), volontarisme sur la diversité et la parité dans les instances… Sur le papier, la maire de Lille agit comme si elle voulait refermer la parenthèse Hollande (qui a duré 11 ans) en retrouvant l’esprit du PS… de Lionel Jospin.

La référence au «parti de Lionel» est sans cesse présente dans les paroles et les actes d’Aubry depuis qu’elle a été élue à la tête du PS. Ensemble, ils partagent une même absence d’autocritique et une même aversion des médias (qu’elle a de nouveau sermonnés publiquement lors de son discours de clôture de La Rochelle -lire ici-) et un refus de céder à la pipolisation. Parfois au grand dam de ses conseillers, qui confient leur désarroi face aux refus réitérés de leur patronne de «bosser sa com’». Martine Aubry soigne une image assumée d’«austère qui se marre», un peu raide en public mais tellement sympa en privé (là encore, un message martelé par son entourage).

Sur le mode de gouvernance, les similitudes avec le « Jospin 95-97 » sont également frappantes: une équipe resserrée autour d’elle et composée des piliers de sa motion « reconstructrice » au congrès de Reims, où se mêlent fidèles de longue date et jeunes pousses socialistes (François Lamy, Guillaume Bachelay, Marylise Lebranchu, Christophe Borgel, Jean-Christophe Cambadélis, Claude Bartolone, David Lebon, Christian Paul, Lucile Schmid et Jean-Marc Germain).

C’est une sorte de task-force, comme autour du futur premier ministre à l’époque, dont Aubry était d’ailleurs l’une des personnalités marquantes. Il y a également un même goût pour une rationalisation un brin plébiscitaire de l’appareil: Jospin avait institué l’élection du premier secrétaire au suffrage direct, Aubry prépare une réforme des statuts instaurant un fait majoritaire et s’appuie sur un référendum militant pour se légitimer.

A plusieurs reprises depuis son élection, la première secrétaire a cité en exemple «la dream team de Lionel» (notamment lors du conseil national d’après européennes), qui avait réussi «à remettre le parti au travail», seule solution selon elle pour gagner de nouvelles victoires nationales. Façon de dire aussi que le mouvement rénovateur entamé par Jospin s’est fossilisé durant l’ère Hollande.

Enfin, sur les alliances et le rapport aux militants, Aubry marche encore dans les pas de son « père politique » (dont elle fut la n°2 au gouvernement), tant dans son désir de rebâtir une «maison commune» moins hégémonique et reprenant les contours de la «gauche plurielle» (sans le centre ni l’extrême gauche), que dans sa volonté de questionner les militants lors d’une consultation prévue le 1er octobre prochain. Comme Lionel Jospin lors de son arrivée à Solférino, au lendemain de la présidentielle de 1995 («C’est le modèle», reconnaît l’un de ses proches en évoquant le référendum interne à venir).

Le risque de retomber dans une gestion «à la Hollande»

Sur les idées, Aubry fait aussi du Jospin en mettant en avant la protection sociale et l’emploi. Ses cinq mesures d’urgence qu’elle «propose au gouvernement d’emprunter» mettent en revanche la barre bien plus à gauche que le Lionel d’antan: remboursement de 200 euros de TVA pour les 16 millions de ménages modestes non imposables, maintien des allocations familiales pour les enfants majeurs de plus de 20 ans, procédure de mise sous tutelle de l’entreprise par le tribunal
de grande instance sur saisine des salariés en amont des licenciements, création de 150.000 emplois-jeunes dans l’économie verte et des services aux personnes, entrée de l’Etat dans les conseils d’administration des banques refinancées par la puissance publique.

Autre différence notable: si elle possède la même volonté d’autorité sur le parti, elle semble plus sensible aux rapports de force. Elle a ainsi cédé aux propositions d’Arnaud Montebourg sur les primaires et à la pression de Vincent Peillon sur le MoDem, là où Jospin avait envoyé la VIe République des deux mêmes dans les orties. Elle se montre ainsi capable de changer de cap face à la pression d’une opposition interne il est vrai bien plus forte potentiellement (pour mémoire, la motion Aubry n’a recueilli que 25% des votes militants, là où Jospin et Hollande frisaient davantage avec les 70%). Enfin, bien qu’elle soit en train de rétablir un pouvoir pouvant lui procurer une légitimité naturelle, elle refuse de se poser la question du leadership et de sortir du bois pour la future présidentielle. Comme François Hollande.

Car en l’état actuel des choses, en attendant la mise en application concrète des promesses de La Rochelle, le risque de trahir l’espoir suscité auprès des militants existe bel et bien, entre accommodation avec le pouvoir des grosses fédérations, repli sur soi et mise en application peu à peu différée d’une rénovation attendue depuis si longtemps. Ainsi, François Hollande avait lui aussi laissé entrevoir au début de son mandat une volonté de rénover les pratiques et l’appareil du PS, pour finalement renoncer à toute obligation de non-cumul des mandats et mettre en œuvre une promotion de la diversité essentiellement par des nominations uniquement à la direction et des parachutages mal préparés et souvent catastrophiques électoralement.

Encore floue dans son énoncé comme dans son calendrier d’application, la consultation militante du 1er octobre sera suivie d’une convention de la rénovation en… juin 2010. Il faudra donc attendre le lendemain des élections régionales pour savoir si les grandes annonces seront suivies d’actes, ou s’il s’agissait d’une manœuvre pour apaiser un parti peu avant une échéance électorale où il joue gros (un stratagème qui rappellerait le Hollande du congrès de Dijon en 2003, accordant le référendum interne à la constitution européenne pour déminer la situation, avant les européennes et régionales de 2004).

Si Martine Aubry est sincère dans son désir tardif de rénovation, la partie ne sera pas simple. L’exemple de l’instauration du mandat unique pour les parlementaires devrait poser un certain nombre de problèmes. Dans le train du retour de La Rochelle, le secrétaire national aux fédérations, Christophe Borgel, était bien en peine de citer plus de dix députés et sénateurs n’étant pas concernés par une telle réforme, même si elle devrait être facilitée par le départ à la retraite de la génération «1977/1983», ce qui représenterait «au moins une cinquantaine d’élus».

Déjà la mise en place progressive du non-cumul devrait être effective «élections après élections», relativisant sans la diminuer l’importance du coup de balai. De même, Martine Aubry a évoqué le cumul des mandats «dans le temps», tandis que ses conseillers se pressaient de nuancer l’annonce par des «on verra si c’est possible» et autres «rien n’est encore tranché». Au gouvernement comme à la tête du parti, Jospin et Hollande avaient commencé de la sorte, sans rien trouver qui soit finalement possible, ni trancher quoi que ce soit. A Martine Aubry de démontrer qu’elle peut désormais être elle-même, sans retomber dans les travers de ses prédécesseurs.

URL source:

Liens:
[1] http://www.mediapart.fr/journal/france/280809/martine-aubry-promet-aux-militants-la-renovation-par-plebiscite
[2] http://www.marianne2.fr/Aubry-aux-medias -Camarade-journaliste,-engage-toi-au-PS !_a181920.html
[3] http://discours.parti-socialiste.fr/2009/08/30/discours-de-m-aubry-en-cloture-de-luniversite-dete-2009/
[4] http://www.mediapart.fr/journal/france/020608/les-reconstructeurs-et-martine-aubry-pilonnent-la-direction-du-ps
[5] http://www.mediapart.fr/journal/france/300809/la-rochelle-le-ps-ausculte-sa-strategie-d-alliances

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