19 aout 2009 – Mediapart – Socialisme hors les murs – Lucile Schmid

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Le journal en ligne Mediapart, né à l’initiative d’Edwy Plenel, propose dans son édition participative « Socialisme hors-les-murs » d’accueillir des contributions émanant de dirigeants, d’élus, d’intellectuels mais aussi de militants, de sympathisants, d’électeurs ou de futurs électeurs. J’ai répondu à mon tour à l’invitation à réfléchir à un « Socialisme hors les murs » ; vous trouverez mon texte ci-dessous ou sur le site de Mediapart.fr

Socialisme, Belle au bois dormant ?

De l’invitation à réfléchir à un « Socialisme hors les murs » je retiens le sentiment d’urgence –ne laissons pas passer cet été là, et le fait qu’il ne peut s’agir que d’une étape d’un processus de reconstruction plus profond. Une étape qui doit être posée avec clarté.

Je partage ces deux désirs. Je les partage comme animatrice, avec Christian Paul, du laboratoire des idées du parti socialiste. Je les partage comme personne qui croit aux idées socialistes et qui vit avec colère depuis plusieurs années le décalage entre les attentes vis-à-vis des socialistes , la montée de la déception et de la lassitude à notre égard, et l’impuissance face aux destructions engagées par la droite : destructions de l’impartialité de l’Etat, du droit à l’expression, des droits de l’homme, particulièrement des étrangers, du respect de la culture, des savoirs et de la création.

Pourquoi ne faut-il pas laisser passer cet été-là ? Car dans les événements politiques récents – terrible congrès de Reims, défaite sans appel du parti socialiste aux élections européennes, échanges autour de la mort du parti socialiste qui ont eu une résonance bien au-delà du microcosme et qui ont le mérite d’obliger à réagir – et dans les perspectives politiques immédiates –élections régionales- le pronostic vital du parti socialiste est engagé.   Mais aussi parce que depuis la campagne présidentielle de 2002 et le fameux 21 avril, les socialistes se sont laissés déposséder progressivement d’une sorte de « patrimoine d’exercice des responsabilités nationales », et n’ont  jamais compensé cette perte de crédibilité gestionnaire par une vision idéologique.

Le terme de compensation est d’ailleurs inexact. Ce qui est en cause, c’est plutôt la capacité à exercer le pouvoir sans y perdre son âme, et en y gagnant un supplément d’estime de la part des citoyens. Les mains sales mais jusqu’où, et pour faire quoi ? Question éternelle, sans réponses simples dont le rôle est d’abord d’être là et de rappeler qu’il y a une limite, le mur de nos convictions.

L’attention qu’on porte à cette « interrogation des mains sales » est aussi un marqueur idéologique, peut-être le principal. L’aiguillon qu’elle représente incite à l’encadrement des pratiques du pouvoir, invite à en inventer d’autres, et à élargir le cercle de ceux qui participent aux responsabilités. On peut y voir une chance, un horizon. Pour les socialistes elle a surtout été un remords, un fardeau et souvent un cadavre dans le placard. L’idéologie, les idées, le fait de ne pas se renier tout cela participait tour à tour des contraintes et des « emmerdes ».

La solution trouvée a été de laisser aux partenaires de gauche des prés carrés idéologiques: aux verts l’écologie, à Chevènement la République, aux communistes la lutte des classes. Mais la place restreinte laissée au souci de rester soi-même a privé les socialistes d’une vision. Deux exemples viennent à l’esprit. En 2009 le tapage autour de la création par Nicolas Sarkozy de la commission Stiglietz sur les nouveaux  indicateurs économiques a ravivé le regret que, pendant la mandature de Lionel Jospin, la gauche au pouvoir ne se soit pas emparée d’un sujet qui lui revenait naturellement. Mais c’était à l’époque perçu comme trop « olé olé », voire déraisonnable. Le résultat est là : « la bonne gestion » n’a jamais fait rêver, et la crise actuelle nous a cruellement dévoilé que cette bonne gestion pouvait ne pas avoir grand sens, voire signifier que notre modèle de développement nous privait d’avenir. Le deuxième exemple est celui de l’immigration. Sur cet emblème entre tous, nous avons réussi à donner le sentiment que les socialistes ne souhaitaient pas élaborer une politique mais se contentaient d’une pratique au fil de l’eau, certes nettement plus humaine que celle de la droite, mais qui posait de vraies problèmes d’inhibition symbolique. Comment pourtant changer le cours de la mondialisation si, sur l’immigration, les mots et les raisonnements manquent aux socialistes ?

Et aujourd’hui, alors même qu’ils avaient misé (trop) sur la bonne gestion et l’esprit de sérieux, la droite a réussi à distiller au fil des ans le sentiment insidieux que le socialisme est dépensier, impuissant vis à vis de la montée des inégalités et ne dispose d’aucune marge de manœuvre pour changer la vie et le monde, en un mot qu’il est incantatoire. A quoi bon alors voter socialiste ? Sommes-nous comme personnes portant des valeurs socialistes condamnées à faire de nos convictions politiques, non plus un élément fort et structurant du débat politique, mais une sorte de jardin secret? Parce que le parti socialiste se porte mal, le socialisme va-t-il progressivement passer de l’espace public au seul espace privé des consciences ? Le socialisme va-t-il devenir Belle au bois dormant ?

Il est presque trop tard pour convaincre les Français que les socialistes et le socialisme représentent une alternance crédible face aux choix idéologiques de Nicolas Sarkozy. Pour des raisons qui ne tiennent qu’en apparence aux personnes et à leurs conflits de leadership. Car ce qui manque d’abord c’est un discours charpenté s’opposant à des politiques qui minent l’action publique, la cohésion sociale et les libertés, et des propositions qui construisent un système pour partager autrement les richesses, restructurer le cours de la mondialisation et placer le progrès humain au centre. Surtout que les tourments des socialistes français sont à l’image de ceux de la social-démocratie européenne. Largement défaite aux européennes, alors que la crise aurait pu donner l’envie de lui redonner une chance face aux méthodes libérales, elle souffre du même syndrome que le PS : impuissance à proposer, difficultés à s’opposer, incapacité à s’unir sur quelques questions stratégiques (comme de défendre une candidature contre Barroso). C’est pour cela aussi que le Manifesto cette plate forme commune des sociaux démocrates aux élections européennes a fait pschitt. Il y a quelques jours un ami anglais, dont je connais les convictions conservatrices, me faisait part de l’intérêt qu’il portait à l’avenir des socialistes français. Il évoquait les scandales qui éclaboussaient les parlementaires, la crise financière, mais aussi l’injustice du sort de Gordon Brown qui subit les conséquences à retardement de l’art blairiste de se maintenir au pouvoir envers et contre toute conviction, ce talent des « politiciens modernes » qu’il partage avec Nicolas Sarkozy. Il a conclu avec une gravité que je ne lui connaissais pas « j’espère que vous réussirez à dépasser cette crise des socialistes français, je regarderai cela, c’est indispensable pour redonner un sens à cette Europe ». Assez bizarrement, ces mots ne m’ont pas semblé grandiloquents. Ils marquaient d’abord le souhait que nos débats en France soient de vrais moments de refondation idéologique et montraient que  notre pays reste emblématique en Europe d’une capacité à lier la politique et les idées. Ils m’ont donné aussi l’impression de placer le sujet de l’avenir du socialisme dans la bonne sphère, dans l’universalité du débat sur la nature du progrès et la nécessité d’une parole libre et qui emporte la responsabilité d’agir.

L’édification de cette charpente socialiste ne peut se faire en quelques semaines et à huis clos. Sinon elle apparaîtra comme une mascarade, et n’échappera pas à la perception d’être un nième tour de passe-passe pour récupérer le pouvoir et ses privilèges. Il ne sortira plus aucun lapin blanc du chapeau de nos David Copperfield fatigués. Pour trouver un souffle, cette quête idéologique doit s’arrimer à des énergies intellectuelles et concrètes qui ont aujourd’hui déserté Solférino. En ce sens, « Socialisme hors les murs » repose sur l’intuition très juste que c’est hors du corset des contraintes bureaucratiques et procédurières que peut se produire une renaissance.

Car le parti socialiste devrait être à tout le monde et non plus à quelques-uns. Il n’est certes pas un « trésor national » mais il fait partie de notre héritage démocratique. Depuis qu’un débat sur sa mort a été lancé, on saisit mieux sa place dans le paysage. Aujourd’hui, l’interpellation des socialistes  par des personnes qui ne sont pas toujours des sympathisants de gauche, indique leur attachement, une déception qui grandit, et dépasse la gauche…avec l’urgence d’écrire d’autres scénarios, plus roses. Ce débat s’inscrit d’ailleurs dans une longue suite d’interrogations. Celle de Manuel Valls sur le changement de nom (mais changer un nom ne vient-il pas après un changement de contenu sous peine de retomber dans un tour de passe-passe), de Ségolène Royal pendant la campagne des présidentielles sur l’ouverture du parti à la société (question essentielle), et surtout à celles portées par un très grand nombre de militants socialistes, attachés à leurs idées et à une action de terrain, qui n’en peuvent plus que l’image de leur parti ne soit qu’une addition des petites phrases. Ce sont d’abord eux qui souhaitent que leur parti redevienne un acteur clé du débat d’idées.

La crise des idées au parti socialiste peut d’abord se définir en creux. Il ne s’agit ni du fait  que les socialistes n’ont pas d’idées, ni que gauche et droite c’est la même chose comme Nicolas Sarkozy cherche à le faire croire en débauchant quelques-uns,  ni d’une évolution du monde qui rendrait impossible une pensée de gauche.

Mais il s’agit bien davantage d’une véritable négligence interne, très enracinée, sur la place à donner d’abord à l’élaboration intellectuelle au sein de ce parti, et ensuite à la définition d’un lien entre cette élaboration intellectuelle, la définition des programmes électoraux, d’une politique d’opposition, voire de pratique du pouvoir. Enfin la séparation de plus en plus étanche entre responsables nationaux et opérationnels de ce parti et personnes animant la réflexion intellectuelle est frappante. Sur ce point la création d’un Laboratoire des idées est une bonne chose. Il reste à convaincre de la volonté de structurer son lien avec les décisions politiques dites stratégiques. Je souhaite également insister sur les limites, voire les méfaits d’une utilisation cynique et opportuniste de la réflexion intellectuelle. On le sait, le monde politique vit à l’ombre des instituts de sondage. La tendance à limiter le rôle de la réflexion intellectuelle à n’être qu’un bataillon d’appoint de ces instituts a des effets pervers. Elle gomme la nécessité d’affronter des débats de fond, la conflictualité des idées et conduit au nom de la règle majoritaire à privilégier les slogans au détriment de vraies lignes directrices. Le reproche fait par les citoyens à chaque grande élection nationale que gauche et droite c’est pareil doit aussi être lu ainsi. Même expressions, mêmes slogans qui recouvrent des pratiques politiques différentes mais n’induisent pas une vision du monde différente.

On ne peut évidemment pas dissocier la question des personnes et la volonté de replacer la réflexion intellectuelle et idéologique au centre. Je ne crois pas en effet qu’on puisse simplement justifier un changement de générations en politique par la nécessité de tourner la page de la Mitterrandie. D’abord parce que j’espère que, 15 ans après, cette page a été tournée par la plupart des esprits à défaut de l’être dans le monde politique, gauche et droite confondues. Ensuite parce que cette justification a un défaut, celui d’être trop exclusivement centrée sur l’avenir du parti socialiste. Or nous ressentons au moins confusément que cet avenir doit se penser dans un mouvement qui englobe celui de la démocratie et de toute la société. Laisser la place à de nouvelles générations c’est assumer que le monde a changé, que de nouvelles questions sont apparues, que l’avenir doit être pensé aussi par ceux qui en ont un et que le sacrifice de la jeunesse est l’une des principales injustices sociales auxquelles nous assistons. Mais changement de générations ne fait pas tout. L’essentiel est d’éviter une professionnalisation des élus et de ceux engagés dans des appareils partisans qui y font carrière, et s’y enferment. Cette professionnalisation est pourtant engagée et explique en partie le malaise démocratique actuel. Lorsqu’on fait de la politique on est souvent pour ceux qu’on rencontre et côtoie, ses amis, sa famille, un étranger, quelqu’un qui est passé de l’autre côté. Quel constat en tirer de l’état de notre démocratie ? Le changement de générations n’est qu’un élément du puzzle d’une métamorphose sociologique. Comment ouvrir la politique à tous ? Redonner envie de prendre une carte dans un parti ne suffit pas, l’investissement pour la chose publique doit retrouver sa noblesse et chacun penser qu’il y a sa chance. Le rétrécissement du champ de bataille politique est aussi une métaphore de la crise de l’égalité des chances.

Cet affaiblissement de la pensée socialiste ne se produit pas n’importe quand. C’est aujourd’hui que se cristallisent les mutations et les interrogations d’une décennie. Les clés de compréhension de notre monde changent, les grilles de lecture de la pensée unique se désagrègent, la pensée libérale a du plomb dans l’aile. Ce n’est pas seulement la pensée socialiste qui est en crise, c’est la pensée du monde. On se raccroche à gauche comme à droite. à l’existant, on veut croire encore que tout reste possible selon les vieux schémas. Mais la nécessité de réinventer est plus forte à gauche et potentiellement beaucoup plus dynamique. Les socialistes ont un atout. Le désir de replacer l’humain au centre a incontestablement trouvé une nouvelle force. Les valeurs socialistes sont dans l’air du temps, mais elles ne trouvent pas encore d’incarnation politique, ni d’expression conceptuelle.

On peut rappeler les principaux éléments de la situation actuelle:

1/ un monde qui a changé où la question écologique doit non seulement prendre une place au centre mais s’agencer avec les univers de l’économie et du social, ce qui pose de vraies difficultés de mise en œuvre,

2/ une perméabilité entre les espaces nationaux et internationaux qui oblige à repenser l’intervention politique, alimente une sentiment d’impuissance et donne aux relations Nord/Sud une importance stratégique

3/ une montée en puissance d’un capitalisme nouvelle génération où la finance et le court-termisme ont pénétré l’entreprise, déconnectant les valeurs de l’humanisme et remettant en cause l’idée de progrès

4/ une crise démocratique où le désir des citoyens balance entre abstention et tentation populiste au niveau national, mais où la démocratie participative s’éveille.

Tout cela sur fond d’urgence puisque les 50 années à venir seront déterminantes pour changer notre modèle de développement. Un changement qui reposera à la fois sur une modification des comportements individuels et sur des décisions planétaires. Cette mutation renforce encore la nécessité de tenir les deux bouts de l’échelle : le très local, et l’international, élargi au plus grand nombre de nations possible.

Qu’il s’agisse des liens entre l’individu et le collectif, ou entre générations, du rôle de l’action publique, de l’organisation d’échelles de temps qui échappent à la rentabilité, tous ces thèmes sont au cœur de la pensée socialiste. Mais l’apparition d’un nouveau désir d’humanité émerge dans un moment où l’inhumanité et le cynisme ont franchi un nouveau cap. Dans le monde de la finance où le « business as usual » a repris, face à la multiplication des plans sociaux alors que l’annonce de sortie de récession est annoncée. L’éventuelle sortie de crise (mais qu’entend-on par là ?) ne remet pas en cause le fait que nous ayons franchi un cap vers plus de précarité et un rapport de forces plus défavorable encore aux salariés, vers un désespoir social omniprésent et une angoisse sourde chez les jeunes.

Les socialistes ne peuvent plus seulement s’opposer à telle ou telle mesure ou de dénoncer tel ou tel plan social (même si c’est indispensable). Par sa gravité la crise oblige à être grave et à s’opposer système contre système, à dénoncer le raisonnement même qui sous tend aujourd’hui les positions politiques, économiques, sociales du pouvoir. Cette réinvention repose sur une nouvelle radicalité. Elle doit inclure l’ensemble des sujets de notre monde et les réagencer. Fini cette pensée qui segmentait les domaines  C’est désormais d’une pensée systémique, en réseau dont nous avons besoin. Le but est de proposer un autre modèle de développement qui prenne en compte l’urgence sociale comme l’impératif écologique, et repense les liens entre production, savoirs et définition d’un avenir collectif. Il ne s’agit pas comme cela a été fait avec cynisme et irresponsabilité de faire une « politique de com » sur la croissance verte, de pimenter les discours politiques de « croissance maîtrisée et autres nouveaux emplois écologiques » mais de définir les conditions d’un passage à l’acte vers cet autre modèle. Cela suppose d’affronter plusieurs interrogations aujourd’hui esquivées par la plupart des responsables politiques :

1/ comment articuler la transformation de l’appareil productif vers une production respectueuse de l’environnement et répondre dans les trois prochaines années au mouvement de précarisation croissante des emplois ?

2/ comment donner à l’action publique la place qui lui revient pour organiser le moyen et long terme de cette mutation ? Comment retrouver des moyens humains et budgétaires ?

3/ quels liens imaginer entre la sphère des comportements individuels et celles des acteurs collectifs, entre le public et le privé, le national et l’international, le Nord et le Sud ? Quel dialogue, quelles contraintes, quelles incitations ?

4/ comment faire entrer le temps long de la mutation du modèle de développement dans un agenda politique guidé par un court-termisme qui s’apparente plus à la psychologie des traders que celles des écrivains ?

5/ Comment créer les conditions d’un échange permanent entre les mondes de la pensée et ceux de sa mise en œuvre, pour créer ce passage à l’acte et tenir le cap?

***********

Nous socialistes, devons accepter et reconnaître publiquement que nous ne reviendrons plus au pouvoir par surprise ou par hasard. Nous ne gagnerons la confiance des citoyens que dans le cadre d’un projet construit, représentant une alternative réelle et non cosmétique, à la droite. Dans cette perspective, la première bataille que nous devons mener est sans doute contre nous-mêmes. Affronter l’angoisse d’une refondation et la peur de tout perdre, accepter la conflictualité des débats idéologiques, donner la parole à d’autres, redonner à l’acte politique sa noblesse en changeant d’échelle temps. A quoi bon faire de la politique si on n’y éprouve plus d’exaltation, et chaque jour moins d’idéal ?

Lucile Schmid

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