En région, une autre vision de la crise

Au cœur de l’été, ce qu’on qualifie de « crise » continue de susciter pour moi bien des interrogations. Si je lis les nouvelles du monde, de l’Asie au continent américain, je comprends que la reprise se précise, que la Chine, la Corée du Sud, mais aussi le Canada vont connaître dès 2010 des croissances significatives. Autour de moi, pourtant, en Saône et Loire où je passe l’été depuis plusieurs années, la crise économique et sociale s’approfondit. Les plans de licenciements touchent les travaux publics, la sous-traitance automobile…Ce ne sont pas encore des fermetures de sites industriels mais des reconfigurations qui ne présagent rien de bon. Départs des bureaux d’étude, nouvelles spécialisations à l’échelle de groupes mondialisés qui raisonnent Europe et monde, pour lesquels l’emploi local et l’aménagement du territoire passent après la rentabilité à court terme. Même si les discours des directions générales se veulent rassurants on a le sentiment qu’il s’agit de la dernière station avant le désert.

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Le cas de l’entreprise Potain m’a particulièrement frappée. Sans doute parce que j’avais eu l’occasion de voir combien Potain est une référence en matière d’engins de travaux publics lorsque je travaillais il y a 15 ans pour promouvoir les exportations françaises au Maghreb. Par les hasards de la vie je connais bien maintenant La Clayette petite ville de Saône et Loire où un maçon a fondé Potain. C’est l’identité même de cette ville où lorsqu’on arrive on est saisit par la beauté du château et la forêt des grues qui s’élève dans le ciel. Mais l’entreprise a été rachetée par un groupe américain Manitowoc. C’est aux Etats-Unis que se décide le sort de Potain et non plus à La Clayette. Et Potain accumule les plans sociaux. Comment préserver cet emploi qui disparaît ? Comment aussi garder vivace pour les nouvelles générations l’histoire de ce patrimoine ?

Nous savons que nous vivons la mutation d’un modèle de développement. Ne l’oublions pas malgré les annonces exagérément optimistes de ceux qui veulent nous faire croire que tout va recommencer comme avant dès l’automne. Les suppressions d’emplois vont continuer avec plus de précarité pour ceux qui travaillent, et des conflits sociaux durcis autour de ces sites qui ferment et licencient. Comment faire muter cet emploi industriel ? Pour moi qui viens de travailler sur le modèle d’après la crise (voir rapport joint) l’essentiel est bien d’imaginer ce plan de transition entre un modèle et l’autre en prenant en compte de vraies difficultés : celle des échelles temps d’abord. Transformer un modèle ce n’est pas gérer l’urgence sociale. Comment transformer l’emploi industriel ? La question du changement de nos grilles d’analyse ensuite. Que signifie le regain de croissance annoncé en Asie? Que mesure-t-il ? Comment cette reprise est-elle compatible avec les objectifs du développement durable ? Comment se traduira-t-il pour l’humanité et la planète ?

Ce changement de grille d’analyse est la seule manière pour donner au débat sur la crise la consistance et la cohérence qui manque tant aujourd’hui. Faute de quoi nous resterons comme ballotés entre des discours contradictoires traduisant avant tout la position et l’intérêt de celui qui le tient : analyste financier, politicien…et renforçant pour tous ceux qui subissent la précarité un profond sentiment d’injustice.

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